Monday 3 September 2007
Sur la présence incongrue de sept dans septembre
— J’ai vu une affiche bizarre, que Tak me dit. Sur un restaurant chinois, un grand idéogramme 7, avec en dessous la mention “Sept”.
— Oui, sept ça veut dire 7.
— Quoi! Il réagit comme si je venais de proférer le comble de l’absurde. Mais sept., c’est pas l’abréviation de septembre ? J’étais sûr que ça voulait dire septembre.
— Ahhh, ça pourrait, si c’était pas écrit en dessous d’un gros 7 chinois. Sept et sept. s’écrivent pareil, mais n’ont rien avoir ensemble, mens-je avec conviction…
— …et octobre, novembre, décembre n’ont rien avoir avec 8, 9, 10?
— Ohhhhhhh! LES DERNIERS MOIS SONT NUMÉROTÉS DE 7 à 10!
Encore une fois, l’étudiant enseigne au professeur. « Enseigne » est un euphémisme : je suis éblouie !
On se rend rarement compte de l’absurde de sa propre langue. Jusqu’à ce qu’on ait à l’expliquer à quelqu’un.
L
es Romains sont un people militaire : leur année débute au moment où l’on reprend la guerre. Les lecteurs d’Astérix l’auront remarqué, les Romains se battent en sandales. Ils attendent que la neige fonde, et donc, leur année débute à la première nouvelle lune du printemps, en mars.
Les noms des quatre premiers mois honorent des divinités : en mars on fait la guerre (Mars), en avril on fait l’amour (Aphrodite), en mai on fait pousser le blé (Maïus), en juin, on se marie, ou bien on s’étend dans l’herbe pour regarder passer les nuages (Junon). Les mois qui suivent s’appellent #5, #6, #7, #8, #9, et #10.
Et après décembre ? Après, il n’y a rien. Quand le calendrier finit, il reste une cinquantaine de jours qui ne comptent pas, et ils ne sont ni nommés, ni comptés, sauf les six jours avant le début du nouvel an (les calendes), qui eux sont des jours de festivités numérotés de -6 à -1.
L’an prochain en 2008, il faudra ajouter un jour au calendrier. Nous célébrerons donc le jour -6 deux fois ! moins six, bis. Année bissextile.

C’est Jules qui a décrété que l’année devrait toujours comporter 365 jours, et en ce faisant, dut ajouter janvier (Janus, dieu des portes) et février (Februa, dieu de la mort) au programme. Ah, et puis tant qu’a y être, le joli mois de quintilis est renommé en son honneur, juillet. Avec l’année solaire régulière de César, le nouvel an, le 1er mars, ne tombait plus toujours sur une nouvelle lune, mais les célébrations de la nouvelle année se pratiquaient encore selon les lunaisons, vers la fin mars, même parfois début avril…
Auguste est venu, un peu avant la naissance de Jésus, réajuster les choses de plus belle, particulièrement cette tendance qu’avait son peuple à faire trop de partys d’année bissextile, ce qui avait quelque peu déréglé les saisons. Le froid et le beau temps suivirent dès lors leur cours normal et pour l’en féliciter on donna à l’Empereur non seulement son nom au mois d’août, mais puisqu’Auguste méritait autant de jours que Jules, on lui ajouta aussi un jour, qui fut retiré à février.
Jusque là, septembre était toujours le septième mois, et il l’est resté plus ou moins jusqu’en 1582. C’est l’année du lancement officiel de notre calendrier grégorien en Europe, qui retire 3 jours bissextiles par 4 siècles, pour plus de précision. On s’en fout.
Mais c’est aussi avec l’implantation du calendrier grégorien qu’est officiellement et définitivement abandonnée la date du nouvel an militaire et agricole, en mars, et qu’elle est remplacée par celle du nouvel an politique et fiscal, le 1er janvier. CQFD.
Quelques éberlués rebelles continuent cependant à marquer le « vrai » nouvel an aux alentours de l’équinoxe, en se donnant de faux cadeaux et des invitations à des fêtes inexistantes. April fools.



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