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Wednesday 5 December 2007

Le mets le plus puant au monde.

Quiconque a voyagé un tant soit peu aura assurément subi le supplice : les gens locaux, enthousiasmés par votre joyeuse appréciation de leurs spécialités culinaires, en viennent à vous proposer un met délicat et délicieusement inoubliable, affirment-ils, dont euh, eh bien, le seul bémol soit que, euh, ça sent le beau câ**sse.

NO DURIANS!

Singapour a ses durians, Tokyo déjeune au natto, et chaque ville de France a sa variante locale de ce qu’un véritable fromage se doit d’être : puant.

Serait-il possible de mesurer scientifiquement le niveau de puanteur des aliments, pour ainsi pouvoir déclarer officiellement que tel ou tel plat remporte le championnat mondial des aberrations olfactives?

Pas vraiment. Quoiqu’il soit possible de mesurer précisément la quantité de certains composants chimique dans l’air, l’olfactométrie demeure largement subjective. Dans l’industrie de l’alimentation, en parfumerie, autant que dans l’évaluation des polluants olfactifs urbains, c’est encore souvent au nez humain qu’il faut se fier.

Pourtant, des chercheurs japonais amateurs de futile se sont penchés sur cette question. Furent évaluées les odeurs de toute une panoplie de mets exotiques aux fumets douteux, sur une base de critères scientifiquement quantifiables, additionnés aux rapports d’un comité de nez experts.

Vous pouvez consulter ici les résultats de ces vaines recherches. Malgré que la subjectivité des méthodes ne permette pas au très sérieux Cercle de la connaissance inutile de se prononcer officiellement sur ce classement des dix plats les plus fétides de la terre, une certaine spécialité locale se détache avec une énorme avance sur le peloton, et nous pouvons donc avec assurance dire que ce sont les Suédois qui remportent la médaille pour la spécialité locale la plus puante au monde : le surströmming.

Juste pour vous donner une idée comparative, la sauce de poisson, vous savez, la sauce qui pue du Pho Bac, aussi connue sous l’appellation nuoc mam, est cotée sur cette échelle japonaise du pestilentiel à 390 unités olfactives.

Le stinky tofu chinois est pas mal pire, à 420 uo.

Voici la description qu’un honnête Torontois, qui travaille à Radio-Canne là-bas, donne de l’odeur du stinky tofu :

My wife Diane, who has survived a close encounter with stinky tofu (or phonetically in Mandarin Chinese - tsoh doh-foo), describes it as smelling like a used tampon baked under the Death Valley sun. When I hear that I have to roll my eyes and wonder, “Why the restraint?” Come on, for schnoz sake, it smells much worse. It’s like making a smoothie out of durian melon, Limburger cheese, kim-chee and nuoc mam then letting it fester inside a porta-potty for a month and then, as you have a taste, your dickhead big brother enshrouds a thick blanket over both of you and rips the worst fart ever.

Ceci dit, le stinky tofu est à 420. Le surströmming est coté à, attachez vos tuques avec de la broche à foin…

8070.

La classification des mets puants a beau manquer de précision, là, à 8070 unités olfactives, on détient un champion!

Cher lecteur, vous avez peut-être été conçu dans un lit IKEA, et ce lit, il a peut-être été conçu par quelqu’un qui dégustait alors ceci: du hareng de la Baltique pêché au prinptemps, soigneusement laissé à pourrir pendant tout l’été, puis mis en conserve, et dont la fermentation s’est poursuivie ensuite sur plusieurs mois; les cannes sont bombées, c’est voulu.

Si c’était absolument nécessaire d’en ouvrir une, ouvrez la boîte de surströmming dehors, loin de toute civilisation, et pas avec votre chien, dont les sens aiguisés en resteraient paralysés pour des jours et des jours. L’attentat à l’odorat que vous subirez inclut la libération d’un petit nuage de thiols, composants chimiques présents dans le liquide nauséabond de la mouffette; sans compter les flatulences de la bactérie haloanaerobium qui vit allègrement dans le surströmming et qui contiennent nombres de mollécules infectes dont celles-ci: l’acide sulfhydrique des œufs pourris, l’acide butyrique du beurre rance, et l’acide acétique du vinaigre - bref, il s’agit d’un viol olfactif.

Évidemment, on peut voir sur youtube ce que, concrètement, le surströmming fait à un être humain normal. C’est en japonais, désolée. En gros, la madame appelle à Tantei Knight Scoop, une émission où de braves reporters accomplissent des missions impossibles totalement inutiles du genre « Ma fille m’a rapporté du surströmming en souvenir de la Suède, et je ne voudrais pas gaspiller la nourriture, mais sans vous, braves chevaliers télévisuels, je n’arriverai jamais à manger ça. Aidez-moi! » Le reporter finit par faire appel à deux vrais Suédois, en vain, puis à un chef reconnu… Avancez aux 2/3 de la partie 1 pour le bout où ils ouvrent la canne.

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